Révolution

Cependant, mon père expliquait à ma mère que, dans la société future, tous les châteaux seraient des hôpitaux, tous les murs seraient abattus, et tous les chemins tracés au cordeau.
«Alors, dit-elle, tu veux recommencer la révolution? — Ce n’est pas une révolution qu’il faut faire. Révolution, c’est un mot mal choisi, parce que ça veut dire un tour complet. Par conséquent, ceux qui sont en haut descendent jusqu’en bas, mais ensuite ils remontent à leur place primitive… et tout recommence. Ces murs injustes n’ont pas été faits sous l’Ancien Régime: non seulement notre République les tolère, mais c’est elle qui les a construits!»
J’adorais ces conférences politico-sociales de mon père, que j’interprétais à ma façon, et je me demandais pourquoi le président de la République n’avait jamais pensé à l’appeler, tout au moins pendant les vacances, car il eût fait en trois semaines le bonheur de l’humanité.

Marcel Pagnol « La gloire de mon père »


Le 21 janvier 1793, la Convention Nationale faisait mettre à mort Louis XVI, un roi qui, certes, manquait de sens politique et était marqué par les préjugés de sa classe et de son temps, mais qui avait cherché, sincèrement, le bien de ses sujets, dans les limites de l’esprit du temps.

Le 2 août 1802 (14 thermidor an X) , Napoléon Bonaparte, déjà Premier consul à la suite d’un coup d’Etat, devient Consul à vie à la suite d’un plébiscite qui a réuni 3,5 millions de « oui », contre 8 374 « non ». Il se fera proclamer Empereur par le pouvoir législatif, le 18 mai 1804 à la quasi-unanimité par le Sénat.

Il n’aura fallu que 9 ans et 4 mois pour que l’acte sanglant qui devait, définitivement, instaurer la République soit, quasi-unanimement, effacé, abrogé, anihilé et qu’une nouvelle monarchie succède à l’ancienne.

Et dès l’année de sa création, l’empereur accordait les premiers titres de noblesse, à sa famille, bien évidemment. Il effaçait ainsi la nuit du nuit du 4 août 1789, comme il avait effacé le matin du 21 janvier 1793.


Ne nous étonnons pas, donc, si depuis, toutes les révolutions, ou presque, ont aboutit, dans la dizaine d’années qui a suivi, à une dictature, parfois pire que l’ancienne, parfois à peine meilleure. Il en est de même, aussi, de la plupart des guerres d’indépendance.

Il semble que seule la révolution américaine et la guerre d’indépendance qui a suivi ont échappé à cette règle, mais c’était avant la révolution française.