De la puissance des imbéciles

Vladimir Illitch a parfois eu raison…

Un imbécile peut poser à lui seul dix fois plus de questions que dix sages ensemble ne sauraient en résoudre.

Paru les 1, 2 et 3 novembre (19, 20 et 21 octobre) 1917 dans le journal«Rabotchi Pout » n°s 40, 41 et 42. Signé : Lénine, repris dans Œuvres t. 26, pp. 139-196, 198-216 et 222-226 Paris-Moscou.

Le texte de Lénine, qui comporte cet « aphorisme », n’en mentionne pas la source. Peut-être Lénine l’a-t-il inventé… Mais, comme disent les Italiens, « Se non è vero è bene trovato ».

Bon, maintenant, Lénine avait cet avantage, il pouvait envoyer l’imbécile en Sibérie.


L’informatique mène à tout…

Alberto Brandolini, informaticien italien, écrivait sur Twitter, plus d’un siècle après Lénine, a peu près la même chose:

The bullshit asimmetry: the amount of energy needed to refute bullshit is an order of magnitude bigger than to produce it.

https://twitter.com/ziobrando/status/289635060758507521

Traduction:
L’asymétrie de la foutaise: la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter des foutaises (bullshit) est d’un ordre de grandeur supérieur à celui nécessaire pour les produire.

Autre traduction:
L’asymétrie du bullshit: la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter du bullshit est un degré de magnitude plus grande que celle nécessaire pour le produire.

Remarquons que la notion d’ordre de grandeur, pour un ingénieur, est bien, comme pour Lénine, d’un facteur 10, c’est-à-dire qu’on change d’ordre de grandeur en multipliant ou en divisant par 10.


Rapprochement avec les briques…

Soit un millier de briques identiques, même forme, même dimension.

Décrire un mur monté avec ces briques est simple: une fois qu’on a défini l’emplacement de la première brique, les quelques règles de pose et les dimensions, le tour est joué, le mur est parfaitement décrit avec une douzaine de règles.

Décrire le tas de briques qui résulte de la démolition du mur est bien plus compliqué: il faut décrire l’emplacement de chaque brique, emplacement, orientation, plus éventuellement l’état de dégradation de chaque brique. Il faut donc 3 ou 4 informations, le tout multiplié par mille, le nombre de briques.

C’est toute la différence entre ce qui est complexe, et ce qui est compliqué.


Maintenant, sur un plan pratique, à quoi reconnait-on une « foutaise »?

Essentiellement, à ces critères:
– Celui ou celle qui l’affirme l’a lu, ou entendu, ou vu, quelque part et de nombreuses fois. Où exactement? Nous ne le saurons jamais.
– Celui ou celle qui l’affirme s’étonne de votre crédulité et de votre incapacité à trouver les mêmes sources d’information que lui.
– Celui ou celle qui l’affirme n’apporte pas la preuve de ce qu’il affirme, mais vous demande de prouver le contraire.
– Celui ou celle qui l’affirme ne fait pas la différence entre « absence de preuve » et « preuve de l’absence », et confond allègrement les deux.

Vous l’avez compris, l’énergie mise à démonter une foutaise est la même que celle qu’il faut pour décrire le tas de briques.


Un roman de Science-Fiction un peu foutraque, sur le thème « Contre la stupidité, les Dieux eux-mêmes luttent en vain. »

Et sa critique sur le site Noosfere.
L’auteur de cet article cite les références de la phrase originelle de Schiller: «Mit der Dummheit kämpfen Götter selbst vergebens»

Et un lien vers une technique de travail en commun pour modéliser quelque chose, l’EventStorming animé par Alberto Brandolini. Rien à voir avec le sujet, mais c’est intéressant, et il faut bien rendre à Brandolini un hommage pour sa citation, non?