Si vous trainez sur Internet, vous allez voir, souvent, partout, même, la citation suivante, en français ou en anglais.
« Un client est le visiteur le plus important de nos locaux.
Mahatma Gandhi
Il ne dépend pas de nous.
Nous sommes dépendants de lui.
Il n’est pas une gêne dans notre travail.
Il en est l’objectif.
Il n’est pas étranger à nos affaires.
Il en fait partie.
Nous ne lui faisons pas une faveur en le servant.
C’est lui qui nous fait cette faveur en nous en donnant l’occasion. »
« A customer is the most important visitor on our premises.
Mahatma Gandhi
He is not dependent on us.
We are dependent on him.
He is not an interruption in our work.
He is the purpose of it.
He is not an outsider in our business.
He is part of it.
We are not doing him a favor by serving him.
He is doing us a favor by giving us an opportunity to do so. »
Et il y a des gens pour gober l’attribution de cette citation bien connue (et pleine de bon sens, d’ailleurs) à Gandhi?
Aucune référence, aucune date, aucune indication, juste le texte et le nom, avec parfois, bien sûr, une belle photo pour impressionner le lecteur.
On se demande bien comment, un jour, un homme plein d’imagination a attribué ce texte à Gandhi. La seule activité professionnelle de Gandhi a été juriste, puis avocat, et il n’a jamais tenu de commerce de sa vie. Bon, maintenant, dans certaines régions de l’Inde « gandhi » désigne un épicier, mais ce n’est pas une raison! Autant attribuer la citation à Napoléon ou à Victor Hugo, tant qu’à faire!
On la trouve en version anglaise, avec même une date de discours en 1890 en Afrique du Sud:
https://www.laramyk.com/blog/gandhi-on-customer-service/
Sauf qu’il n’est arrivé en Afrique du Sud qu’en 1893, en 1890 il était en Inde, il suffit de lire n’importe quelle biographie.

On sait, par contre, qu’elle apparait dans un interview donnée par un dirigeant américain de compagnie automobile au journal “Printers’ Ink: A Journal for Advertisers”, en 1941. C’est Kenneth B. Elliottn Vice President chargé des ventes de la compagnie automobile « The Studebaker Corporation », qui s’exprime ainsi:
It is, of course, not possible to state with any practical exactitude what the customer is. But there are several common denominators to be found when we consider the customer in terms of what he is not. These things, I think, are fundamental to intelligent customer relationship and, it may be added, most of them apply pretty well to the vast majority of prospects as well.
Kenneth B. Elliott, “Printers’ Ink: A Journal for Advertisers” 1941
1. The customer is not dependent upon us—we are dependent upon him.
2. The customer is not an interruption of our work—he is the purpose of it.
3. The customer is not a rank outsider to our business—he is a part of it.
4. The customer is not a statistic—he is a flesh-and-blood human being completely equipped with biases, prejudices, emotions, pulse, blood chemistry and possibly a deficiency of certain vitamins.
5. The customer is not someone to argue with or match wits against—he is a person who brings us his wants. If we have sufficient imagination we will endeavor to handle them profitably to him and to ourselves.

La même citation, plus ou moins modifiée, sera attribuée, dans les années 1940, à d’autres dirigeants d’entreprise américaines. Parfois, le « client » sera remplacé par le « contribuable »…
C’est en 1970 qu’un journal indien, “Foreign Trade of India”, publiera, dans une page de publicité, cette citation en anglais, en l’attribuant au Mahatma Gandhi qui, mort depuis bien des années, ne pouvait pas se défendre.
Et des lecteurs anglophones, sans doute, ont lu cette publication qui était en anglais, puis ont diffusé la chose sans vérifier.
Et des francophones l’ont traduite et diffusée, sans vérifier non plus…
Et plus personne n’a eu le bon sens de se poser la question « Pourquoi cet homme, qui vivait frugalement, qui n’avait jamais exercé une quelconque activité commerciale, aurait-il dit ça? »
On aurait aussi bien pu attribuer à Saint François d’Assise « Acheter au son du canon, vendre au son des violons », ou à Talleyrand « Que votre parole soit oui, oui, non, non; ce qu’on y ajoute vient du malin ».
Merci à https://quoteinvestigator.com/2012/08/02/gandhi-customer/ d’où j’ai tiré ces informations.
