Lisant un livre sur l’histoire du livre (Histoire du livre, voie royale de l’esprit humain, Fernand Cuvelier · 1982, Editions du Rocher), je trouve, dans le chapitre consacré à la reliure, des éléments sur un riche érudit et collectionneur du XVI° siècle, Jean Grolier.
Cet amateur faisait relier ses livres et, sur la reliure, figurait sa devise en latin. Celle qui nous est donnée, dans le livre que je lis, est sous la forme « Portio mea, Domine, sit in terra inventium« . Et, malheureusement, sans traduction.
Je cherche donc la traduction, ou plutôt, je cherche sur Google, comme tout le monde. Mais le plus souvent, la référence est « Portio mea, Domine, sit in terra viventium« . Je trouve, pourtant, des références a « Portio mea, Domine, sit in terra inventium« , comme vu dans le livre que je lis, et même « Portio mea, Domine, sit in terra univentium« .
Je creuse donc, parce que le dernier mot est changé, ce qui est curieux…
La référence la plus fréquente est bien « Portio mea, Domine, sit in terra viventium« . Cela se traduit par « Que mon partage, Seigneur, soit dans la terre des vivants ». Et c’est dans un recueil de chants grégoriens du XIII° siècle, psaume 141, verset 06.

Qu’un homme du XVI° siècle, catholique, lettré, érudit, prenne ce verset pour devise est donc possible et logique.
Je cherche plus loin, et je lis, dans un article sur la bibliophilie, des choses très intéressantes sur Jean Grolier.
http://histoire-bibliophilie.blogspot.com/2012/12/mises-au-point-sur-jean-grolier.html
Il faisait relier ses livres et, sur la reliure, était frappé: « Io. Grolierii et amicorum« . « Io« . est l’abréviation pour Ioanni, c’est à dire Jean en latin, et l’expression signifie, plus ou moins « A Jean Grolier et à ses amis ».
Ainsi que la devise « Portio mea, Domine, sit in terra viventium« .

Et je vérifie, sur une photo, c’est bien ce que porte le livre:
http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/consult.asp?numtable=B452346101_E2462&numfiche=1144
Je cherche encore, mais je ne trouve aucune image portant une autre version que « Viventium« , « des vivants ». Je ne trouve pas « Inventium« , « imaginaire », qui pourrait se comprendre de la part d’un érudit, ni « Univentium« , « de l’union », ce qui peut se comprendre, aussi, d’un homme qui dédiait ses livres à ses amis.
Mais je trouve, dans certaines références sur Internet, pourtant, a priori, sérieuses, la citation sous ces formes erronées bien que plausibles. Et, ma foi, bien sympathiques aussi.
Reste à savoir comme il est possible que, sur une chose aussi évidente que des reliures, parfaitement lisibles, de livres conservés dans des bibliothèques, on trouve des erreurs de transcription.
J’en ai même trouvé une, « inventium« , dans une publication anglaise: https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=njp.32101054526064&view=1up&seq=69
L’auteur ne vérifie pas ses sources? Il commet une erreur de plume que personne ne rectifie?
Ou bien Jean Grolier avait plusieurs devises? Une « officielle » et bien chrétienne, et des versions plus personnelles, plus originales? Des versions qui ne figureraient que sur quelques rares livres peu connus?
En tout cas, vous trouverez de belles reliures sur http://reliures.bnf.fr/ark:/12148/cdt9x217/

