Eh quoi! un homme, venu sur la terre sans l’avoir demandé, y découvre une infinité d’êtres pareils à lui, douloureux, misérables, périssables comme lui, et, au lieu de les plaindre, il prend la peine de haïr! Un tel homme est un fou, et l’on ne discute pas avec les fous.
Et plus loin:
Adieu. N’aie qu’un seul objectif: la Justice; qu’une seule haine: l’Esclavage; qu’un seul amour: la Liberté.
Et plus loin encore:
Sa destinée en valait une autre, après tout. Nous mourons, mais nos actes ne meurent pas, car ils se perpétuent dans leurs conséquences infinies. Passants d’un jour, nos pas laissent dans le sable de la route des traces éternelles. Rien n’arrive qui n’ait été déterminé par ce qui l’a précédé, et l’avenir est fait des prolongements inconnus du passé. Quel que fût cet avenir, quand bien même le peuple qu’il avait créé devrait disparaître après une existence éphémère, quand bien même la terre abolie s’en irait dispersée dans l’infini cosmique, l’œuvre du Kaw-djer ne périrait donc pas.
Debout comme une colonne hautaine au sommet de recueil, tout illuminé des rayons du soleil couchant, ses cheveux de neige et sa longue barbe blanche flottant dans la brise, ainsi songeait le Kaw-djer, en contemplant l’immense étendue devant laquelle, loin de tous, utile à tous, il allait vivre, libre, seul, – à jamais.
Jules Verne, « Les naufragés du Jonathan »


