Les Prêtres d’Isis entrent de droite et de gauche et se rencontrent au milieu de la scène avant de se diriger vers le fond. Ils se serrent les mains, croisent les bras, puis reviennent vers la droite et la gauche et vont se placer derrière les cors. Sarastro entre seul côté cour et vient se placer devant le siège du milieu. Devant lui, les deux orateurs. Les Prêtres sont à sa droite et à sa gauche.
Sarastro après un silence
Ô vous, qui avez reçu la lumière dans le temple de la Sagesse, serviteurs d’Osiris et de la grande déesse Isis! Je viens vous déclarer avec toute la pureté de ma conscience, que l’assemblée d’aujourd’hui sera l’une des plus importantes de notre temps. Un adolescent, fils de roi, Tamino, s’est présenté à la porte du nord de notre temple: il a vingt ans; son cœur vertueux cherche en soupirant l’objet à la conquête duquel nous avons voué tous nos efforts et notre plus grande ardeur. Un voile est encore sur ses yeux; il nous demande l’entrée du sanctuaire où brille la lumière sublime. Notre devoir le plus impérieux en ce jour est donc de lui tendre la main amicalement et de veiller sur la vie de cet homme vertueux.
Premier prêtre
Est-il vraiment vertueux?
Sarastro
Il est vertueux.
Deuxième prêtre
Est-il discret?
Sarastro
Il est discret.
Troisième prêtre
Est-il charitable?
Sarastro
Il est charitable. Je vous demande si vous le jugez digne d’être admis parmi nous, de vous joindre à moi.
(Sarastro et les Prêtres sonnent trois fois dans les cors.)
Sarastro.
Au nom de l’Humanité tout entière et touché de votre assentiment unanime, Sarastro vous remercie. Ah! combien, dans de pareils moments, l’union de vos cœurs et votre sagesse ont vite raison de toutes les calomnies que les préjugés tissent au-dessus de nos têtes. Faciles à disperser, elles n’ébranlent pas les colonnes de notre temple. Et nous arriverons à vaincre ces préjugés méchants. Oui, nous les vaincrons, maintenant que Tamino en personne va être initié à notre grand Art de la Sagesse. Vous savez que les dieux destinent Pamina, la douce et vertueuse princesse, à un gracieux prince, et que c’est la raison pour laquelle j’ai arraché la jeune fille à son orgueilleuse mère. Cette femme se croit puissante; elle espère arriver à ses fins en ameutant le peuple contre nous par l’imposture et les superstitions. Elle veut faire crouler notre Temple! Elle n’y réussira pas. Tamino même, le noble adolescent, sera le meilleur soutien de l’édifice; il nous aidera à l’agrandir en l’honneur de la vertu et avec nous, il bâtira des cachots pour les vices.
(Sarastro et les Prêtres renouvellent les trois sonneries de cor.)
L’orateur
Nous ne cessons d’admirer la sagesse de tes paroles, grand Sarastro, mais il nous reste à savoir si Tamino pourra triompher des épreuves difficiles qui l’attendent: Qu’il me soit permis d’avoir quelque doute à ce sujet. Pardonne à ma franchise! Je crains pour la jeunesse du profane. S’il allait se laisser dominer par la douleur, et perdre l’esprit au point de succomber tout à fait?… La vie l’a si peu préparé, il est prince…
Sarastro
Mieux encore, il est homme.

