La statue d’Aristote…

La statue d’Aristote, Thessalonique, Grèce

Personne n’a pensé à déboulonner, ou, à tout le moins, à badigeonner de peinture et d’insultes, la statue d’Aristote… Et pourtant.

Non seulement Aristote ne s’est pas élevé avec force contre l’esclavage –même s’il a abordé la question d’un point de vue plutôt libéral pour l’époque– mais encore, il avait des esclaves. La preuve, il les a affranchis après sa mort! Ce qui veut dire que, pendant tout le temps où il enseignait la philosophie, il se faisant servir, gratuitement, par des gens qu’il privait, volontairement et pour son intérêt, de leur liberté.

Et avant Aristote, Platon avait des esclaves, Socrate sans doute aussi (et s’il n’en avait pas, c’est parce qu’il était pauvre), Pythagore, sans doute, aussi. Bref, tous ces Grecs, Pères fondateurs de la philosophie, avaient des esclaves. Comme, d’ailleurs, la quasi-totalité des citoyens dans la démocratie que la Grèce inventait, parce que, pour faire de la politique, il faut avoir du temps libre…

Et après Aristote, Augustin d’Hippone, ce Père de l’Église, suivi par d’autres, prêtres, évêques, cardinaux, papes, Augustin ne s’élevait pas contre l’esclavage. Beaucoup de dirigeants catholiques, même, y trouvaient des justifications théologiques.

Alors, à ceux qui ne veulent plus honorer la mémoire de Jean-Baptiste Colbert, qui a légiféré sur le sujet (travail poursuivi par son descendant et successeur), ou de Thomas Jefferson, qui avait des esclaves, et qui est même soupçonné d’en avoir mise une dans son lit, à tous ceux-là, un seul mot d’ordre, un seul impératif, un seul objectif, un seul cri!

Abattez toutes les statues, oubliez tous les grands hommes, ne pardonnez rien à ceux qui, en leur temps, ont suivi les moeurs de l’époque où ils ont vécu, et, loin de les maintenir ou les aggraver, n’ont tenté que de les adoucir, de les modifier, de les améliorer, et encore, uniquement par leur seule raison, l’expression publique de leur intelligence et leur volonté de convaincre leurs semblables.

Abattez-les tous, insultez-les tous, vilipendez-les tous, ceux qui ont refusé de réformer brutalement et dans la violence, ne retenez rien de ce qu’ils ont pu faire de juste et de bon, de ce qu’ils ont fait en leur temps pour que, aujourd’hui, vous puissiez les critiquer.

Et songez que, demain, d’autres vous reprocheront, à vous, bien plus de choses que vous leur reprochez, à eux: ils ont bâti là où vous ne faites que démolir.


Une page intéressante sur Aristote et l’esclavage:
bcs.fltr.ucl.ac.be/FE/13/esclavage.htm